Nicolas Sarkozy, contre vents et marées vers 2012

Nicolas Sarkozy est dans la tempête. La réforme « phare » de son quinquennat, la réforme des retraites, catalyse tous les mécontentements accumulés depuis trois ans. Gagnant en 2007 avec une confortable avance, Nicolas Sarkozy devient un challenger en mauvaise posture pour 2012, alors que la gauche surfe sur les sondages favorables.

Trop à droite pour les centristes, trop américain pour les chiraquiens, trop laxiste pour le Front National, trop libéral pour la gauche, trop « bling-bling » pour les jeunes, il vient de remanier son gouvernement afin de donner une nouvelle impulsion à son quinquennat. Les 18 mois qui viennent semblent parfaitement balisés par ses proches.
Alors que certains donnent le locataire de l’Élysée battu d’avance, ce combattant politique d’expérience n’a qu’une seule date en tête : mai 2012.

Un face-à-face direct avec la grogne populaire
Au terme d’un bras de fer de 3 mois avec la rue, Nicolas Sarkozy a fait voter sa réforme des retraites par sa majorité. Il se réjouit de n’avoir céder ni sur le fond, ni sur la forme, contrairement aux précédents présidents Mitterrand et Chirac.
Cette bataille, estiment ses proches(1), était essentielle pour l’avenir économique de la France, mais aussi pour l’avenir politique du président de la République.
« Le président de la République confond la forme et le fond. Il pense qu’en fonçant tête baissée sans écouter personne, il montre du courage. Le courage aurait été de mettre en place une réforme qui règle enfin le problème des retraites » rétorque Martine Aubry, première secrétaire du parti socialiste le 9 novembre dernier.
Dès le début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a voulu imprimer un ton nouveau. Mais, devant la désapprobation populaire, le Président « bling bling » a dû très vite rentrer dans le rang plus rigoureux de la 5ème République. Les frasques de sa vie personnelle, ses amitiés avec les patrons d’industrie, ses excès, ses dérives droitières autant que les « affaires » ont écorné l’image d’un président réformateur, jusque dans sa propre majorité.
Au lieu de s’abriter derrière son premier ministre, il défie l’esprit de la 5ème République en endossant le costume et les fonctions de François Fillon : le Président est sur tous les fronts, il prend à son compte tous les problèmes du pays, cristallisant ainsi tous les mécontentements. « Une fois sur deux il est sur place avant moi » confiait le premier ministre François Fillon en 2008 … « et le problème, c’est qu’il ne veut pas que j’y aille! ». Le verdict des sondages est sans appel : alors que le premier ministre recueille 47% d’opinion favorable, Nicolas Sarkozy bat des records d’impopularité avec 26% de satisfaction. Le premier ministre « fusible » ne joue plus son rôle devant « l’hyperprésident ».

Incontournable à droite
Même dans son camp, on commence à douter de sa capacité à mener la majorité à la victoire en 2012. Mais Nicolas Sarkozy veut être incontournable à droite. Candidat sortant, patron de la machine UMP(2) et véritable chef du gouvernement « qui n’a pas cédé dans son bras de fer avec les syndicats », qui osera le défier au risque de faire éclater la majorité et d’apparaître comme un diviseur aux ambitions personnelles ?
Les centristes, affaiblis depuis la création du Modem(3), sont troublés par le glissement sécuritaire du ministre de l’intérieur Brice Hortefeux. Ils savent néanmoins que leur existence ne tient qu’à la seule volonté de Nicolas Sarkozy. Il a envisagé de les gagner définitivement à sa cause en nommant l’un des leurs, Jean-Louis Borloo, à Matignon(4).
Dominique de Villepin, ancien premier ministre, proche de Jacques Chirac, rassemble les déçus du « sarkozysme » mais ne semble pas rencontrer l’écho espéré dans le pays. Toujours membre de l’UMP, il tente de se forger une image populaire. Il hésite à affronter le chef de l’État, même s’il assène, frondeur : « Nicolas Sarkozy est l’un des problèmes de la France. » Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre se veut rassurant : « Pour les avoir eus tous les deux comme ministres, je sais qu’ils s’entendront le moment venu; Dominique de Villepin est avant tout un serviteur de l’État. »
François Bayrou, créateur du MoDem, est étrangement silencieux depuis qu’il a rencontré Nicolas Sarkozy il y a quelques mois…
Les députés de la majorité font face à la grogne des électeurs dans leur circonscription : même s’ils approuvent majoritairement la réforme des retraites, ils déplorent pour certains, la manière.
Les chiraquiens ne lui ont jamais pardonné sa trahison de 1995. « Sarkozy avoue d’ailleurs avoir souvent ressenti combien « la haine [à son égard] était tangible au sein du RPR(10). » »(11)
Quant aux ténors de l’UMP et du gouvernement, ils ont plus à gagner à rester dans les rangs de l’UMP, parti ficelé par les proches du Président et entièrement dévolu à sa cause.

Un remaniement ministériel pour se réconcilier avec les Français
Après trois années de réformes difficiles et de rapports tendus avec les Français, « il s’agit de reconquérir des Françaises et des Français qui se sont éloignés de la majorité présidentielle durant le quinquennat. Pour eux, l’acte II du quinquennat devrait être moins un changement de cap que de ton »(5). Nicolas Sarkozy n’a pas convaincu sur sa capacité à défendre et promouvoir une politique sociale à laquelle tous les Français sont attachés. « Au cours des prochains mois, le chef de l’État veut endosser l’habit du président protecteur. »(6) Fini le président réformateur, apôtre de la rupture !
Au terme d’une guerre de tranchées de plusieurs mois entre centristes, chiraquiens et sarkozystes, c’est finalement le populaire François Fillon qui aura la mission de mener la majorité à la victoire en 2012. « Peu importe ! » dit l’éditorialiste Jean-François Kahn, « puisque c’est Sarkozy qui gouverne! »(7)
Les 18 prochains mois pourraient marquer la fin des réformes impopulaires et le début d’une relance sociale. « Avec les cicatrices sociales de la réforme des retraites, il devient nécessaire de recoudre le tissu social. » (5)
François Fillon a finalement gagné Nicolas Sarkozy à sa cause en plaidant pour la « continuité de (sa) politique réformiste parce que l’on ne gagne rien à changer de cap au milieu de l’action. ». « Je m’engage avec détermination vers une nouvelle étape » assurait-il ce dimanche. La semaine dernière déjà, spéculant sur la reconduction de François Fillon, un proche de Jean-Louis Borloo ironisait : « Vous avez aimé l’hyper-président ? Vous allez adorer l’hyper premier ministre.»
Ce nouveau gouvernement devra amener Nicolas Sarkozy en posture favorable pour briguer un second mandat, remobiliser la majorité autour de thèmes plus fédérateurs comme l’emploi ou le logement, remettre en cause le controversé bouclier fiscal dans une réforme de la fiscalité du patrimoine (12) et donner une lecture plus réformatrice et plus apaisée du quinquennat.
Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l’UMP, sonne le rassemblement : « Nous devrons relancer l’UMP, la majorité présidentielle dans sa diversité ainsi qu’une nouvelle dynamique parlementaire. »

Le défi d’un second mandat
Nicolas Sarkozy est déjà candidat pour 2012. Pourtant, quel que soit le cas de figure, il perdrait aujourd’hui face au candidat de gauche. Mais il sait parfaitement que les sondages d’aujourd’hui ne sont pas les scrutins de demain : en 1995, il soutient Édouard Balladur donné favori par les sondages; c’est Jacques Chirac qui sort gagnant de ce duel fratricide. En 2002, le candidat socialiste Lionel Jospin donné gagnant au deuxième tour face à Jacques Chirac, ne s’est jamais qualifié.
Les combats difficiles jalonnent la vie politique de cet amoureux du pouvoir. « Quand il donne le meilleur de lui-même, Nicolas Sarkozy est un homme politique extra-ordinaire »(8). Tony Blair dit avoir été bluffé par son « incroyable assurance ». En 1983, il a 28 ans quand il souffle la mairie de Neuilly-sur-Seine au numéro deux du RPR, le poids lourd Charles Pasqua. En octobre 1994, il dit à Jacques Chirac : « J’ai l’intention de soutenir Balladur s’il est candidat à l’élection présidentielle… Je suis un politique, je fais de la politique et il est évident que Balladur sera élu. Donc j’ai décidé de le soutenir. »(9) En 2006, il rassemble l’UMP autour de lui pour se faire plébisciter par la majorité de Jacques Chirac, celle-là même qu’il avait trahie en 1995.
Fait inédit dans l’histoire de la 5ème République, il reste encore aujourd’hui président de ce parti politique dont il détient les rênes.
La gauche, en proie à ses vieilles querelles, tarde à désigner son candidat, celui ou celle qui fera une synthèse honorable de la diversité de ses tendances. Nicolas Sarkozy mettrait la dernière main au programme électoral qu’il présentera aux Français en 2012(1). « Il faudra un projet plus rassembleur, plus sécurisant, parce qu’on aura réalisé, en cinq ans, les réformes nécessaires » explique l’un des parlementaires qui a recueilli les confidences du Président en mai dernier.
Quel que soit le candidat de gauche, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal ou Martine Aubry, les stratégies de contradiction seraient déjà arrêtées(1). La dérive sécuritaire sciemment contrôlée par Brice Hortefeux doit vider le discours de Marine Le Pen de sa substance, et porter les voix du Front National sur le président sortant dès le premier tour. Fin octobre, deux élus UMP ont même lancé l’idée d’un accord électoral avec le Front National, idée immédiatement réfutée par la direction du parti. On compte plutôt sur les erreurs de Marine Le Pen : « Une campagne c’est long, elle est jeune et elle n’a pas l’aura de son père, elle fera des erreurs. »(1)
Nicolas Sarkozy a établi sa stratégie pour arriver en tête au premier tour et l’emporter au second. Alors que les Français suivent la formation du nouveau gouvernement, il est déjà en 2012, et pas uniquement quand il se rase le matin.

(1) Indiscrétions recueillies pas l’auteur
(2) UMP : Union pour un Mouvement Populaire
(3) MoDem : Mouvement Démocrate de François Bayrou
(4) Matignon : Résidence des premiers ministres
(5) Carnet de Jean-Pierre Raffarin, 1er novembre 2010
(6) Arnaud Leparmentier, Le Monde, 25 septembre 2010
(7) Radio-Canada, 7 novembre 2010
(8) The Economist (Courrier international, 16 septembre 2010)
(9) Jacques Chirac « Mémoires » p.408
(10) Rassemblement Pour la République, créé en 1976 par Jacques Chirac et intégré à l’UMP en 2006 par Nicolas Sarkozy
(11) « Chirac père & fille », Claude Angeli et Stéphanie Mesnier, Grasset
(12) François Baroin, ministre du budget dénonce le bouclier fiscal comme un « symbole d’injustice »

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Présenté à Marc Laurendeau dans le cadre du cours « Analyse de l’actualité » de l’université de Montréal

Crédit photo : « lafranceforte.fr »

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