Photo Julien Roumagnac

Montréal se lève à l’est

L’« Espace pour la vie » est l’un des quatre grands projets de la Ville de Montréal à l’horizon 2025. Près de 200 millions de dollars seront investis dans ce quartier du Parc Olympique, déserté depuis ses glorieuses heures de 1976.

Il y a encore 10 ans, franchir Papineau vers l’est conduisait au redouté Hochelaga-Maisonneuve, aujourd’hui rebaptisé HoMa par les jeunes couples branchés qui ont envahi le quartier. La place Valois est le point de ralliement de cette nouvelle clientèle : pains spéciaux et café biologique chez ArHoma, bistro français Le Valois, glacier, stations Bixi… Le supermarché Métro, quant à lui, voudrait bien s’agrandir.

Un passé industriel intégré

Pourtant, cet arrondissement transpire de son passé industriel, conservé et intégré. Le passage Valois emprunte la voie ferrée qui desservait les usines. Les rails simulés par du pavé uni, portent l’inscription qui sonne la fin d’une époque : « 1980 : le dernier rail est retiré ». La biscuiterie Viau et la confiserie Hershey ont retrouvé une deuxième jeunesse en se transformant en condos « zens, à aire ouverte ». Les escaliers en acier noir et jaune ont été conservés comme un hommage aux ouvriers. Achetés 230 000 $ en 2008, ces condos se négocient 320 000 $ aujourd’hui.

Le conseiller d’arrondissement Laurent Blanchard dénonçait en 2008 la « désindustrialisation » du quartier, tandis que ses collègues parlaient de revitalisation. Mais la vocation sociale d’HoMa n’a pas été négligée : ces trois dernières années, il s’est bâti trois condos pour un logement social. « Le Plateau de mon enfance n’existe plus, HoMa me rappelle l’ambiance populaire que j’ai connue sur la rue Marie-Anne », confie une auteure montréalaise.

Une mixité sociale précaire

Les promoteurs immobiliers ont flairé le filon : Samcon, l’un des principaux constructeurs de condos à Montréal, a déjà réalisé 11 projets dans ce quartier. Cinq sont en cours et un nouveau vient d’apparaître près du Biodôme, prévoyant plus de 200 condos pour juillet 2012. Plus d’un millier de logements sont sortis de terre en quelques années, jusqu’à parfois transformer des quartiers entiers. « Nous allons terminer notre programme en créant une nouvelle rue, en prolongeant la rue Charlemagne », explique Savy, représentante des ventes chez Samcon.

Les programmes du quartier, elle les a vus naître et se remplir de jeunes couples, mais également de couples homosexuels. La communauté a fui le Village avec ses prix faramineux et a rebaptisé ce quartier « Hochélagay ». Le samedi matin, on voit de jeunes couples main dans la main, aller acheter ses croissants. Les logos arc-en-ciel commencent à fleurir sur les portes des commerces. La ligne verte du métro, qui traverse l’arrondissement, met le Village à 10 minutes.

Le quartier ouvrier devient branché. Mais la mixité sociale, voulue et défendue par l’ex-mairesse de l’arrondissement, Lyn Thériault, pourrait bien s’étioler au fil du temps. Le Comité de Base pour l’Action et l’Information sur le Logement Social (Bails) dénonce le nouveau projet Samcon et l’apathie du maire Réal Ménard pour exiger 15 % de logements sociaux, comme sur les précédents programmes.

L’Est n’en finit pas de reculer et il pourrait bien s’arrêter au terminus de la ligne verte, station Honoré-Beaugrand.

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Publié en mai 2011 par Le Reporter, magazine de l’Université de Montréal

Crédit photo : Julien Roumagnac

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