«Il ne faut pas aimer le confort»

Publié dans La Presse Affaires le 29 février 2012

Nathalie Simon-Clerc, collaboration spéciale LA PRESSE

Le métier d’ingénieur n’est pas de tout repos et peut mener parfois à d’étranges spécialisations: compter les saumons au fond d’un cours d’eau, détecter des bombes pour l’armée ou concevoir des prothèses médicales. Aujourd’hui, la pratique d’ingénierie épouse les besoins de notre société dans tous les secteurs.

«Pour être ingénieur chez nous, il ne faut pas aimer le confort!», s’exclame Richard Brunet, fondateur d’Envirotel, intégré à Génivar en 2009. À la tête d’une équipe d’une quinzaine d’ingénieurs et biologistes, il mène des projets qui vont de l’inventaire de couguars, à la prise de son de mammifères marins, en passant par le suivi de la migration des chauves-souris. Utilisé lors de l’installation de parc éolien ou de construction d’aéroports, le système de radar en trois dimensions de Génivar permet de repérer les couloirs migratoires d’oiseaux. «Nous sommes les seuls au Québec à faire cet inventaire de nuit», précise Richard Brunet.

Lorsqu’ils ne comptent pas les oiseaux, les ingénieurs de Génivar s’entassent sur un bateau pour piloter un sous-marin de poche conçu pour analyser les fonds sous-marins, ou plongent dans les eaux froides de la Romaine pour installer un système de comptage de saumons.

Les ingénieurs doivent s’adapter à une nature moins prévisible qu’une ligne de production. «Ils doivent penser différemment», explique Richard Brunet. En plus des problèmes complexes à résoudre dans des conditions parfois difficiles, les missions peuvent être physiquement éprouvantes. «Ce sont des MacGyver!», lance-t-il.

Prévenir les changements de sol

À la tête de LVM (filiale de Dessau), Sylvain Roy reconnaît que son activité est plus effacée, car «c’est sous la terre». Grâce à la géotechnique, il établit la nature des matériaux qui permettront aux futures constructions de résister aux tremblements de terre, glissements de terrain et autres caprices de la nature. «Si nous avions existé, la tour de Pise n’aurait jamais été une attraction!», ajoute-t-il en riant. Il intervient avec ses équipes pour construire un égout, un pont ou un train en Algérie, au Pérou ou aux Antilles. La mission de Sylvain Roy ne s’arrête pas là, car il doit évaluer la qualité du sol en fonction de la réglementation. Lorsque les pétrolières draguent un fleuve, il faut savoir comment entreposer et assurer le traitement des éléments dragués.

«La géophysique est moins tangible: on envoie des ondes dans le sol, on écoute le sol, on analyse et on en tire des informations», explique Réjean Paul. Il a fondé Géophysique GPR en 1974 et compte aujourd’hui 30 employés. Ses contrats l’ont conduit à faire de la recherche de servitudes pour le métro de New Delhi, à détecter des bombes pour l’armée canadienne, à inventorier des coraux et surtout à la prospection minière. Le service aéroporté, qui permet de détecter les métaux par hélicoptère (or, zinc, cuivre ou fer), est un volet important de l’entreprise depuis 10 ans, prisé par les minières. Les ingénieurs de l’entreprise sont également formés à la géologie et à la géophysique. Ils reçoivent une formation complémentaire pour traiter les relevés spécifiques de l’entreprise. «Il faut avoir le goût de l’aventure et aimer voyager, de l’ouest du Canada à la Baie-James» reconnaît Réjean Paul. Le déminage des terrains à vendre de l’armée canadienne est également assuré par Géophysique GPR. Mais, précise Réjean Paul, «On détecte, l’armée démine» !

Nouveaux débouchés

«L’ingénieur sait percevoir les enjeux d’une société qui bouge et concevoir les solutions», explique Maud Cohen, présidente de l’Ordre des ingénieurs. Le génie biomédical se développe beaucoup. Les nanotechnologies sont présentes dans beaucoup d’applications médicales. Une chercheuse, diplômée en génie civil à Polytechnique, a acquis une expertise de la structure de la colonne vertébrale, et développe avec des médecins, des appareils pour supporter la colonne vertébrale. Le fauteuil roulant de la championne Chantal Petitclerc est un concentré de technologie.

Les arts de la scène n’échappent pas à une évolution dictée par l’intégration du multimédia, des structures de décors complexes et un besoin de sécurité accru pour le public et les artistes. Si le Cirque du Soleil fut un précurseur, les grosses productions d’aujourd’hui, de U2 à Madonna, comptent dans leurs rangs de nombreux ingénieurs québécois spécialisés en art scénique.

Diplômée en génie civil, Isabelle Jalliffier-Verne se définit comme un «ingénieur-médecin». Elle prépare un doctorat en traitement des eaux à Polytechnique, avec le secret espoir de travailler pour une ONG qui développe des programmes pour faciliter l’accès à l’eau potable. «L’eau, c’est l’or bleu de demain, et l’Unesco a défini son accès comme un droit humain», explique-t-elle. Les étudiants, de plus en plus sensibles à la cause environnementale, se découvrent un intérêt grandissant pour cette filière.

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