Littérature Jeunesse : S’adapter pour exister

Qui l’eut crû ? La 35ème édition du salon du livre de Montréal a vu des centaines d’enfants prendre d’assaut les stands des auteurs « jeunesse » lors des matinées scolaires de novembre dernier. À l’heure des jeux vidéo et du « tout-internet », la littérature pour enfant s’adapte et séduit les jeunes qui ne s’en laissent pourtant plus conter.

Publié dans Le République le 20 décembre 2012, à l’adresse suivante : ICI
(Le République – Tous droits réservés)

Regardez le reportage vidéo :


 

« Les livres? C’est l’fun! », s’exclame Arielle, 9 ans. « J’aime les livres, car on est meilleur à l’école », confie Benjamin, 10 ans. Il déambule parmi ses éditeurs favoris, bien décidé à choisir l’unique livre qu’il est autorisé à rapporter de sa visite. « J’ai trois enfants, et les livres coûtent cher », confie la maman d’Arielle. « Mais on a une bonne bibliothèque à la maison! », ajoute-t-elle. Car la lecture est bien souvent une affaire de famille. Même si la télévision et les jeux vidéo remportent malgré tout les faveurs de ce jeune lectorat, les temps de lecture sont bien souvent imposés par les parents, jusqu’à devenir une habitude.

Les enseignants sont un rouage essentiel de ce processus. Non contents d’accompagner des centaines d’élèves au Salon du livre, ils usent, tout au long de l’année, de différents stratagèmes pour inciter les enfants à lire. Isabelle Florent, enseignante à l’école du Méandre dans les Laurentides, travaille de concert avec la bibliothécaire de l’établissement, qui sait lui dénicher de bonnes suggestions. Elle n’a ainsi aucune difficulté à faire lire ses élèves, même si les 15 minutes de lecture quotidienne restent obligatoires. La sortie au Salon du livre, qu’elle organise avec son école, reste l’une des plus populaires de l’année.

Segmenter le jeune lectorat

Le véritable enjeu de la littérature jeunesse subsiste au fil du temps : attirer les garçons. Les maisons d’édition commencent à faire des gammes spécifiques pour intéresser ce public. « Même si cela a toujours été un défi d’amener les garçons à la lecture, les tentations d’aujourd’hui pour lui tourner le dos sont encore plus fortes », explique Julie, de Hachette Canada. Si les filles se sont, elles aussi, éloignées des « classiques », elles n’ont cependant jamais cessé de lire. Pour les adolescentes, de bons « polars », plus proches de leur réalité, ont fait leur apparition. D’après Véronica Rousseau des Éditions Scholastic, il y a beaucoup plus d’auteurs-illustrateurs ou de livres interactifs qui apparaissent, pour encourager la littérature jeunesse. Les sujets originaux, ou en prise directe avec les problèmes actuels de notre société (divorce, famille recomposée, environnement), ont permis d’étendre l’offre. D’autres éditeurs ont décidé d’intégrer le Web dans leurs livres, pour toucher plus particulièrement les jeunes peu enclins à la lecture. C’est le cas des Éditions Foulire, qui fêtent leur 10e anniversaire. « Nous voulions créer des livres pour un public différent, de grande qualité, mais aussi de grande accessibilité » précise Yvon Brochu, éditeur et propriétaire de cette maison d’édition. Ainsi, chaque collection est accompagnée d’un site Web ludique, où le jeune lecteur retrouve ses personnages et des textes inédits. Des activités à caractère pédagogique sont réservées aux professeurs sur le site. Convaincu que la lecture chez les jeunes passe par les enseignants, Yvon Brochu collabore étroitement avec ces derniers pour créer des outils adéquats et concevoir des ateliers. « Le site Web nous permet de donner une perception plus moderne du livre », ajoute-t-il. Selon ses dires, sa compagnie semble enregistrer de bons résultats avec cette formule.

Finies les histoires à suivre!

Auteur de bandes dessinées, Jocelyn Jalette raconte des histoires très en prise avec l’actualité, à base de solidarité internationale et de justice sociale. Mais il s’adapte également : « C’est l’ère du clip pour les jeunes, ils veulent voir les résultats immédiatement (…). J’essaie de supprimer les temps morts dans mes récits pour garder leur attention ». La rapidité et l’accessibilité d’internet ont réduit la patience de la jeune génération. Dans les années 70, les magazines Tintin, Spirou ou Pif Gadget maintenaient le suspens chaque semaine. « Une histoire à suivre d’une semaine à l’autre? Ça ne marche plus! », lance Jocelyn Jalette.

Alors, finis les grands-parents qui racontaient une histoire? Pas du tout! La formule a été remise au goût du jour par l’association Lire et faire lire, qui fête aujourd’hui son 10e anniversaire. Afin de promouvoir la lecture, 600 ainés bénévoles de Lire et faire lire se déplacent chaque année pour rencontrer 6000 enfants dans les écoles du Québec, tout simplement pour lire des livres. Chantal Vaillancourt, coordonnatrice de l’association, précise : « Il s’agit vraiment d’une heure de plaisir, tant pour les enfants que pour les bénévoles (…), qui favorise le lien humain et l’intergénérationalité ».

Certes, la littérature jeunesse s’adapte, se transforme, se transpose sur le Web, mais comme le dit Chantal Vaillancourt, pleine d’espoir : « Les livres ne mourront jamais. »

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