Salon de l’auto de Montréal : la désespérante absence des constructeurs français

Hier, le Salon de l’Auto de Montréal a refermé ses portes sur son édition 2014. Rendez-vous incontournable des Québécois chaque année, le salon de Montréal trace les tendances automobiles de l’année qui vient. Mais il rappelle aussi la désespérante absence des constructeurs français depuis 25 ans.

Les séniors se souviennent avec émotion des DS 21 de Citroën qui roulaient sur les routes du Québec. Ils vantent encore leur design, leur suspension hydraulique et leur consommation européenne. La Renault 5 fut un tel succès dans la belle province en 1976, qu’elle a rapidement conquis 50% du marché de la petite voiture. Même Robert Charlebois en a fait l’éloge. La dernière Peugeot s’est vendue en 1991, alors que Renault avait quitté l’Amérique du nord depuis sept ans; la Renault 5 fut néanmoins importée au Québec jusqu’en 1986.

Mais ces temps sont révolus. S’il reste quelques adeptes irréductibles de la marque aux chevrons, qui roulent en 2 CV le temps d’un été, les constructeurs français ont jeté l’éponge dans les années 90, après vingt-cinq ans d’idylle québécoise.

Ils n’ont pas su géré la rigueur du climat qui faisait geler les suspensions et rouiller des carrosseries adaptées au climat européen. La livraison erratique des pièces détachées, le réseau défaillant, le choc pétrolier et les contraintes réglementaires locales, mettront fin à l’aventure américaine.

Dans une entrevue au quotidien La Presse en 2010, Gérard Larochelle, ancien directeur des ventes de Citroën SA pour la région de Québec, explique les raisons d’un échec : «Citroën et les Français ne voulaient pas mettre de réels pare-chocs, d’antirouille, de boîte automatique et des chauffages, ils ne voulaient pas se battre contre les Américains».

Les Allemands trouvent le créneau

Les constructeurs japonais et coréens ont pris la place, mais la soif des Québécois pour les voitures européennes s’est portée sur les voitures allemandes à défaut de véhicules français. Élégance, solidité, sobriété, sont autant de qualités reconnues pour les modèles d’Outre-Rhin, qui ont su conquérir une clientèle soucieuse d’assoir un statut social. Volkswagen, Mercédès, Audi et BMW ont su se tailler une place de choix sur le marché américain dans les modèles « haut de gamme ».

Au Canada, 1 743 112 voitures ont été vendues en 2013. C’est un nouveau record qui bat celui de 2002. Au Québec, la Jetta de Volkswagen se classe au 6e rang des voitures neuves les plus vendues en 2013. Quant à la BMW Série 3, elle enregistre une augmentation de ses ventes de 22% par rapport à 2012, tandis que le Tiguan de Volkswagen augmente ses ventes de 35%.

Aux États-Unis, les constructeurs allemands ont vu leurs ventes augmenter de 5% en 2013. Mathias Wissmann, président de la fédération allemande du secteur automobile (VDA) a précisé que l’industrie allemande n’a pas fait l’erreur de sous-estimer l’importance du marché américain pendant ces années de crise. Mieux, elle s’y est installée et produit maintenant 20% de ces véhicules en sol américain. La croissance fait partie des plans des constructeurs allemands qui misent sur le créneau très rentable du « haut de gamme », et tablent sur une croissance de 3% en 2014. Les Allemands ont su s’adapter au goûts des américains qui préfèrent les grosses voitures, alors que « les voitures françaises étaient considérées comme des voitures de pauvres », selon Gilbert Bureau, président-fondateur de Voitures anciennes du Québec.

 

La Versa Note assemblée sur une plate-forme de Renault Clio
La Versa Note assemblée sur une plate-forme de Renault Clio, au salon de Montréal

Le cas Nissan-Renault

Alors que Carlos Ghosn pilote Renault et Nissan depuis 14 ans, certains se mettent à rêver d’un retour des voitures françaises en sol américain, via le réseau Nissan. Les synergies en production industrielle sont évidentes : la Nissan Versa note est la sœur jumelle de la Clio, et la nouvelle Micra, la proche cousine de la Twingo et de la Modus. Pourtant, le PDG de Renault-Nissan tient à garder ses marques sur des marchés bien distinctes : les marchés émergeants pour Renault, le marché américain pour Nissan. D’ailleurs, le nouveau patron de Nissan Canada, Christian Meunier, s’est vu fixer un objectif de 8% de parts de marché pour 2016. La stratégie s’appuiera essentiellement sur le Québec ou la vente de Versa Note et de Micra sera privilégiée, dans une province ou les voitures compactes et sous-compactes sont majoritaires. Près de 70% du budget publicitaire sera dépensé au Québec. Selon Christian Meunier, « la Versa Note et la Micra sont tournées directement vers le Québec, puisqu’elles ramènent un véritable esprit européen ».

À l’aube du renouvellement de son mandat, Carlos Ghosn pourrait être tenté de poursuivre les synergies entre les deux constructeurs, notamment avec la production d’une voiture électrique commune sur des marchés d’avenir. Il n’en est rien puisque la Nissan Leaf et la Renault Zoe ont été conçues avec des technologies différentes et évolueront sur des marchés distincts.

La leçon japonaise

Sur un marché québécois qui privilégie la petite voiture, les automobilistes devront se tourner vers la populaire Yaris pour rouler « français ». Car Toyota est en train de réussir là ou les Français ont échoué. Pour contrecarrer le change désavantageux entre le Yen et le Dollar, la firme japonaise a décidé de fabriquer les Yaris destiné au marché nord-américain à Valenciennes en France. Les Yaris vendues en sol américain sont finalement un peu des voitures françaises. Et ça marche ! Toyota Valenciennes prévoit une augmentation de 15% de sa production pour 2014. Le constructeur nippon a même obtenu le label « Origine France Garantie », donné par le ministre Arnaud de Montebourg en 2013, comme il l’a également donné à Peugeot-Citroen. L’activité du site est soutenue pas la Yaris Hybrid qui représente 28% de la production.

La ministre des ressources naturelles du Québec, Martine Ouellet, qui a inauguré le salon de Montréal le 16 janvier, a d’ailleurs fait l’essai d’une voiture électrique, et annoncé le déploiement dans la province de 10 000 bornes de recharge pour véhicules électriques dans les prochaines années.

C’est un secteur sur lequel Français et Québécois vont collaborer puisque la création d’un groupe franco-québécois sur l’électrification des transports a été décidé lors de la visite de la Première Ministre Pauline Marois en France en décembre dernier.

Lors de cette visite, alors que le ministre français de l’économie, Pierre Moscovici, regrettait l’absence de voitures françaises fabriquées au Québec, Pauline Marois a répondu : « Cela ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd ». Les constructeurs français ont raté la voiture thermique en Amérique, reviendront-ils avec le véhicule électrique ? Tout n’est pas perdu! Car aujourd’hui les américains aussi sont sensibles aux économies d’énergie!

(crédit photo : Nathalie Simon-Clerc)

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