Le bois valorisé par delà les frontières

Publié dans Le Populaire, le 11 mars 2014
En octobre dernier, l’Université de Limoges en France, et l’Université du Québec à Trois-Rivières, ont créé une charte internationale pour coopérer à la valorisation des ressources forestières. Pendant cinq ans, étudiants et professeurs vont s’enrichir de leur expertise réciproque pour développer les matériaux de demain.


« J’aurais tellement aimer participer à un programme comme ça lorsque j’étais étudiant », s’exclame Daniel Montplaisir, immédiatement appuyé par son collègue François Brouillette, tous deux professeurs l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Ce programme va permettre de combiner l’expertise trifluvienne de la pâte à papier avec l’expertise limousine de valorisation de matériaux ligno-cellulosiques par des procédés de chimie verte.

Développer de nouveaux produits du bois
Si la pâte à papier (trituration du bois) a fait la fortune de Trois-Rivières dans le passé, elle ne vaut plus grand chose aujourd’hui. « L’objectif est de développer de nouvelles applications, et donc une nouvelle économie liée à de nouveaux usages de la pâte à papier », explique Vincent Gloaguen, professeur et vice-président de l’Université de Limoges. La modification chimique de la matière ligneuse par de nouveaux procédés moins polluants va permettre de développer des éco-matériaux, de plus en plus en demande. Rachida Zerrouki, professeur des universités et chimiste organicienne à l’université de Limoges, travaille précisément sur la valorisation de produits agricoles ou forestiers. « Nous voulons développer des matériaux bactéricides, qui absorbent moins l’eau et les graisses, pour une utilisation dans l’agro-alimentaire », précise le professeur Zerrouki. Mais c’est aussi du papier résistant et ignifuge qui pourrait naitre des recherches. Du côté du Québec, des matériaux résistants au feu et à l’humidité seraient un progrès dans le monde de la construction.
Mais la chaire de recherche va également permettre un échange de compétences dans le domaine de la durabilité du bois de Douglas, utilisé dans la construction, surtout au Québec. L’université de Limoges développe des recherches pour sélectionner génétiquement le bois avant même qu’il soit coupé, et décider de sa destination (construction ou trituration). Une information qui pourrait bien être utile à la Mauricie, mais également au Limousin qui veut développer la construction en bois.
Enfin, la chaire de recherche associe également les sciences humaines et sociales, notamment en matière de droit et d’occupation du territoire, car un changement de type de valorisation du bois pourrait déstabiliser des filières économiques structurées autour de la construction notamment.

Beaucoup de points communs
C’est à une étudiante française de l’Université de Limoges, venue faire des études à l’UQTR en 2008, que l’on doit ce partenariat prometteur. Il est concrétisé en octobre 2013 par les deux partenaires en pays limousin. Engagé sur une durée de cinq ans, le partenariat, plus avancé en Limousin qu’en Mauricie, a déjà reçu une première enveloppe d’un millions d’euros, et conclu des accords avec des partenaires industriels (dont BoisLim, l’interprofession de la filière bois en Limousin). Du côté de Trois-Rivières, des pourparlers en cours devraient aboutir en mai. Selon le professeur Montplaisir, le réseautage industriel entre québécois et français devrait suivre. Car tous s’accordent à dire que la filière bois est un secteur d’activités à fort potentiel de croissance, mais que le tissu industriel de ce secteur est peu coutumier de démarches d’innovation. L’intérêt des milieux économiques est grand, et l’UQTR va détacher un chercheur durant un an à Limoges pour développer son activité, mais aussi valoriser sa recherche auprès des entrepreneurs limousins.

« On a beaucoup de points communs », renchérit le professeur de l’UQTR. Selon lui, ces similitudes jouent en faveur du partenariat : universités et villes de taille semblable, le Limousin et la Mauricie sont toutes deux des régions forestières et agricoles, et un coût de la vie similaire, élément important pour les échanges étudiants.

La mobilité étudiante à la clé
« On a besoin d’étudiants, et la France est un bassin d’étudiants bien formés pour nous », souligne le professeur Montplaisir. L’accord entre la France et le Québec permet aux étudiants français de payer les mêmes droits de scolarité que les québécois. D’ailleurs, le professeur Gloaguen confirme l’engouement des étudiants de Limoges pour partir au Québec. « Aujourd’hui la mobilité est bien intégrée », affirme-t-il. L’université de Limoges a mis en place un accompagnement financier pour favoriser cette mobilité. Au terme d’un échange entre les deux universités, les étudiants en Master ou en doctorat bénéficient d’un double encadrement et obtiennent une double diplômation des deux universités. Quatre étudiants l’ont déjà obtenu. Une douzaine d’étudiants vont traverser l’Atlantique dans les mois et les années à venir. « C’est un début! », s’exclame Daniel Montplaisir. « Il y a beaucoup d’intérêt de la part des étudiants de l’UQTR, mais ils sont plus difficiles à sortir, il faut couper le cordon », regrette François Brouillette, néanmoins plein d’espoir. Le professeur trifluvien insiste sur la gratuité des études en France pour convaincre les récalcitrants.

Ce partenariat pourrait bien être le début d’un longue histoire entre la France et le Québec, puisque les deux universités sont en pourparlers pour développer des partenariat dans la production d’hydrogène et d’énergie, et dans la prise en charge du vieillissement de la population. Quand à l’UQTR, elle continuera de regarder vers la France puisqu’elle a signé récemment un accord avec l’université de Compiègne.

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